Le bangwe

La place publique ou Bangwe est un lieu institutionnel communautaire dans lequel toutes les activités de la collectivité villageoise s’organisent.

La société comorienne est une des sociétés les plus structurées selon des normes spécifiques liées à son histoire, à sa culture et à sa tradition. La vie en communauté, les lignages, les classes d’âge, les associations villageoises et la religion ont imposé une certaine façon de gérer les affaires courantes communautaires.

A l’époque du sultanat et lorsque est prononcé un décès dans une famille royale, les femmes venaient de tout part au nom du sultan pour chanter en chœur et manifester leur regret à l’égard du souverain disparu. Des places royales étaient aménagées en conséquence comme lieux chorégraphiques lors des funérailles.

Après une calamité naturelle (épidémie, sécheresse, famine, éruption volcanique) ou événement qui surgit dans la société (mort, naissance, mariage, victoire, une moisson,…) la population se voit contraint de se rassembler pour manifester leur désarroi ou leur joie. Ces occasions, conçues par les habitants comme moyens de rassemblement contextuels, suscitent l’édification des espaces de rencontres, de prière et de célébration d’événements.

Dans les villes et villages, sont fondés en conséquence des espaces sous forme de forums pour contenir les différentes manifestations. Chaque espace devient une place publique ou Bangwe. Suivant que le village grandit, des quartiers apparaissent et la construction d’autres places publiques devient évidente.

Dans les agglomérations sises au bord de la mer, d’autres espaces publics sont à aménagées pour la plupart de temps en fonction des préoccupations quotidiennes des habitants de la localité. C’est l’exemple des agglomérations situées au bord de la mère. On trouve à part le Bangwe, des sites des pêcheurs ayant une importance multiple par rapport à la place publique normale: le iko. ..

Les iko font office de débarcadères pour les pêcheurs aux Comores et apparaissent comme lieux privilégiés par rapport aux Bangwe . On y parque et entretient pirogues et embarcations ; on y vend et achète le poison en troc le plus souvent.

Une fois qu’aux Comores, la parole a un pouvoir substantiel, ces espaces deviennent des places publiques. Des informations de différentes natures sur le village et le pays y circulent d’une part. Ce sont des lieux de vie où le travail et la sociabilité se juxtaposent pour rendre possible l’exercice de la solidarité d’autre part. Ils demeurent des lieux de repos, de loisirs, de jugement et d’activités courantes liées au travail de la mer.

On retrouve alors les quartiers des pêcheurs sur les côtes, ceux des citadins qui regroupent généralement les commerçants, artisans, propriétaires terriens et fonctionnaires au centre et enfin ceux des paysans en altitude.

D’autres espaces très importants ont vu le jour : les mosquées. Ces édifices qui sont des lieux de prière peuvent aussi jouer un rôle de réflexion sur certains aspects liés à la religion mais aussi à la vie des citoyens. Viennent enfin les foyers non pas pour rivaliser ces espaces mais les compléter….

Saïd Soilihi, linguiste et auteur de  » la pratique de la conjugaison du comorien » paru aux éditions Kalamu des îles, février 2007.

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