Soudjay Mroudjay l’instructeur militaire

SOUDJAY MROUDJAY, fondateur et réformateur de l’Armée Nationale Comorienne

Soudjay Mroudjay est né à Ikoni en 1938 dans une famille issue de deux lignées prestigieuses de la Grande Comore. Originaire d’Iconi, du côté maternel, de l’aristocratie guerrière de la ville, les grands Hamadi, ces légendaires manieurs de sabre, du clan des Rajab, celui qui fournissait aux sultans ses grands vizirs, du côté paternel.

C’est son père, membre des forces de l’ordre, qui l’inscrit à l’école, mais il le perd trop vite alors qu’il n’est âgé que de 12 ans. Il doit alors apprendre à vivre uniquement avec sa mère.

A 19 ans, après avoir pratiqué différents métiers, il entre dans l’armée à Madagascar, alors colonie française, d’abord en tant qu’appelé puis en tant que soldat professionnel. Très vite il intègre un des corps d’élite de cette armée, le régiment d’infanterie de parachutistes, les fameux bérets rouges.

A 36 ans, il décide de mettre fin à sa carrière française pour rentrer aux Comores. Il noue très vite des relations quasi filiales avec le Prince Saïd Ibrahim et rencontre à ce moment là Ali Soilihi.

Lorsque ce dernier se lance dans l’aventure du coup d’état du 3 août 1975, c’est lui qui en coordonne l’aspect militaire. Si Ali Soilihi a été la tête politique de ce coup, il en fut la tête militaire. Il conçoit la mise en place des forces armées comoriennes, et assure, avec des anciens sous-officiers de l’armée française, l’encadrement de l’armée comorienne embryonnaire. C’est notamment à ce titre qu’il réussit à éviter à la ville d’Iconi un premier bain de sang après que les pêcheurs aient refusé de se soumettre au diktat lancé par Ali Soilihi de renonciation à leurs traditions de partage. Celui-ci le craignant, finit par le mettre en prison ; ô ironie le 2 août 1977 au soir, à la veille du deuxième anniversaire de leur coup d’état du 3 août 1975.

Considéré comme un prisonnier politique dangereux au même titre qu’Ali Mroudjaé, son homonyme, ou Abbas Djoussouf, il est isolé dans une cellule individuelle avec interdiction de toute communication et avec pour toute nourriture quotidienne quelques haricots contenus dans une petite boîte de tomates concentrées.

Il est en prison lorsque survient le massacre perpétré à Iconi, le 18 mars 1978.

Très croyant Il déclarera plus tard que «moi dehors, cela ne serait pas passé comme cela j’aurais abattu quelques uns de ces sbires avant d’être abattu moi-même, c’est peut être pour cela que Dieu a voulu que j’aille en prison pour me préserver afin que je puisse par la suite élever mes enfants».

Le 13 mai 1978, il est libéré lors du coup d’État d’Ahmed Abdallah. Ce dernier l’appelle pour participer à la renaissance de l’armée. C’est ainsi qu’il a formé ceux qui allaient devenir les dirigeants de l’AND (Armée Nationale des Comores) dont le président Azali lui-même.

Ancien prisonnier, il prône pour une amélioration des conditions des prisonniers et pour ne pas recourir à la manière forte lors des manifestations des jeunes et des lycéens.

Ahmed Abdallah loue sa loyauté et ses valeurs républicaines mais le révoque pour divergence de point de vue.

Soudjay Mroudjay reprend alors la vie civile et s’engage de plus en plus dans la politique contre la présence des mercenaires européens.

A la mort tragique d’Ahmed Abdallah, il est de ceux qui ont œuvré en profondeur pour que le parti Shuma du fils aîné de Saïd Ibrahim, Said Ali Kemal se retrouve au second tour lors des élections présidentielles de 1990 en face de celui qui allait emporter les élections Saïd Mohamed Djohar.

En 1995, alors que le Président Djohar est en exil à la Réunion après le coup de force de Bob Denard, il est fait appel au vieux Lion.

Ses qualités d’organisateur, son courage, son image immaculée dans l’armée et ses valeurs morales poussent le président Djohar à le nommer ministre de l’intérieur. Portefeuille qu’il acceptera non pas pour Said Mohamed Djohar, mais parce qu’il n’accepte pas de voir exiler le président de la République ès qualité des Comores. Il sera fidèle à son poste jusqu’au retour du président Djohar.

Les premiers signes manifestes de la maladie étant présent lors de la présidence Taki, c’est plus en observateur averti qu’en acteur qu’il continue à suivre la scène politique.

En 1999, il voit arriver au pouvoir son ancien protégé : le colonel Azali.

A la fin de l’année 2000, il vient en France se soigner, mais sa santé déclinant, il décède le 1er avril 2002 entouré de ses enfants et de leur affection.

Ses funérailles ont marqué les esprits, en signe de respect et d’hommage, l’armée transporte son cercueil sur un char tandis que, fait unique dans l’histoire comorienne, la campagne électorale présidentielle s’interrompt.

Les 3 candidats du second tour : Azali, Kemal et Mradabi ont tenu à être présents, le premier ayant même tenu à l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure.

Pour tous ceux qui l’ont connu, il laissera l’image d’un patriote démocrate, épris de liberté à l’écoute du peuple et particulièrement de sa jeunesse. Sa devise reflète grosso modo ce qu’il fut : « Bien faire et laissez dire ». Qu’Allah accorde la Paix à son âme. Amin !

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