Mustafa Ali Djae, l’artisan cordonnier

La cordonnerie comorienne : un métier en plein essor

Pendant que les je-viens restent dans le style classique occidental, certains jeunes, les je-reste, visionnaires, ne manquent pas d’idées originales en repoussant leurs limites avec de nouveaux produits alliant modernité et traditionnel, luxe et sobriété.

Ikonidjabalinfos revient sur un métier qui renaît en refusant d’être broyé par l’industrie de masse et les chinoiseries.

Il y bien a longtemps, les cordonniers comoriens, à l’instar du grand maître Ali Goda,  avaient le sourire aux lèvres quand le marché de la chaussure locale n’était pas encore prospère. Ils étaient submergés de travail de réparations. Celles ou ceux qui ne pouvaient pas se payer une nouvelle paire de chaussures ou de sandales se pressaient de ramener leurs vieilles paire de pompes chez le cordonnier du quartier ou de la Capitale. Mais aujourd’hui, ces illustres cordonniers sont nombreux à faire grise mine devant la rareté des clients. La faute, aux innombrables marchands de chinoiseries et de pacotille pullulant chaque coin de rues.

Adieu donc les Bonbout, lesBout dur, les Cambrion, les Claque, les Contrefort , les Empeigne, les Garants, les Glissoire des mots chers du glossaire du cordonnier. Fini le fameux ressemelage qui donnait une seconde vie à une paire de souliers.

La cordonnerie aux Comores est un héritage, chez les Goda, qui passe de générations en générations. Pour de nombreux artisans, c’est une activité héritée d’un parent cordonnier, comme chez les Goda, un savoir-faire transmis par un fundi cordonnier, pour des nombreux apprentis.

Mustafa Djae, qui aura vingt-sept ans en juin 2020, n’est pas un cordonnier ordinaire. il est un autodidacte. Le métier, il ne l’a pas appris ni de son père ni d’un quelconque maître cordonnier.

Il a à peine seize ans quand il découvre la cordonnerie. Il tombe amoureux des zilatru, ces sandales comoriennes portées par les hommes fièrement dans les grandes fêtes sociales. Il décide alors, non pas de les réparer comme le font les cordonniers locaux, mais d’en fabriquer, lui-même, à partir du cuir et des matériaux de récupération.

Ainsi, il partage son temps libre à confectionner et performer la fabrication des sandales. Il s’installe artisan traditionnel spécialisé dans la confection des sandales à la comorienne.

Ce qui n’était qu’un divertissement est devenu un métier à temps complet. Mustafa ouvre son atelier, à Ikoni, sa ville natale. Il le baptise Djae Fabrication : il sert à la fois de boutique et d’atelier de fabrication où il confectionne ses sandales, à l’arrière boutique.

Dès le début de l’année 2019, il produit et va commercialiser les différents modèles de sandales calqués sur le modèle classique du zilatru comorien. Il a personnalisé ses sandales en attribuant un nom à chaque modèle. De Kabaïla à Doroso jusqu’à Itswadaho, un imaginaire créatif et prometteur.

Dans son showroom, la clientèle fait face à une multitude de choix. La sandale made in Comoros de Djae Fabrication flirte avec une qualité internationale.

A l’instar de ses aînés, il a déjà une vision moderne de l’orientation qu’il veut donner à son entreprise. Il imagine lui-même chaque motif qui accompagne chaque modèle, revisite les modèles qui existent déjà en y ajoutant une touche personnelle. Le cuir, le fil, toute la matière première est choisie avec soin.

Son souhait est de pouvoir exporter son made in Comoros en Europe, exclusivement en France pour la diaspora comorienne.

Ambitieux et déterminé, il réfléchit déjà à investir sur une machine de production à grande échelle.

Mais pour cela, il doit proposer un produit de grande qualité et un savoir-faire exemplaire. Il reste lucide et sait que le marché de la chaussure est toujours aux mains des marchands de chaussures qui se fournissent en chinoiseries.

Beaucoup d’obstacles jonchent son chemin. Entre l’absence de clientèle régulière et la concurrence, peu de fabricants arrivent à vendre plus de 5 paires de chaussures par jour dans leurs ateliers.

Mais Djae Fabrication, en se lançant dans la fabrication de sandales traditionnelles de marque est devenu un créateur incontournable pour une clientèle avisée et raffiné.

Le jeune mariée qui s’apprête à célébrer son anda, le notable qui souhaite renouveler sa collection de zilatru, le je-viens pour un cadeau insulaire, le jeune cadre friand de cérémonie officielle, même la jeune fiancée amoureuse s’offrent tous les services de Djae Fabrication. Les paires de sandales de zilatru achetées chez Djae Fabrication viendront embellir parmi d’autres innombrables ornements les plateaux de présents destinés à un futur mari.

Le voyageur, le promeneur ou le visiteur sur la route de la corniche d’Ikoni-Mdrambwani, peuvent s’arrêter chez Djae Fabrication et admirer ses œuvres belles et pleines d’imagination.

L’atelier et l’artisan restent joignable à ces deux numéros : +269 325 22 83 / +269 4351518.

Une page facebook est disponible :   https://www.facebook.com/djae.fabrication

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1 commentaire pour “Mustafa Ali Djae, l’artisan cordonnier”

  1. Le savoir-faire à l’Iconienne.
    Nos artisans, nos pêcheurs, notre culture locale, nos aînés, notre « Bichiyo », notre « Badjumwa Ntswayi », notre Djivani, notre Madrassat-El-Fath, nos bangwe, nos 3 principaux quartiers, nos mosquées, nos anecdotes,… Et toute cette richesse culturelle qui caractérise notre chère ville Ikoni Djabal.. La fierté de notre histoire locale.
    Bravo à Mustafa Ali Djae et toutes celles et à tous ceux qui embelissent notre chère ville par leurs différents et multiples talents dans des domaines divers et variés. J’en suis fière.

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