Le Notable Répudié de Patrice A. Abdallah

Présentation

Kodoni, patrie de vaillants pêcheurs, de rares paysans encore dignes de ce nom illustre et de quelques descendants d’intrépides guerriers ancestraux, doit sa renommée aux hommes et femmes, qui ont su, à travers l’histoire des Comores, minée par des querelles tribales, résister aux assauts dont il a toujours fait l’objet, depuis le temps des Sultans jusqu’à cette « période noire » de l’histoire de ces îles, dans laquelle des honnêtes gens ont péri au cours d’un massacre perpétré par les «Commandos Mwasi», venus disperser des manifestations pacifiques. Kodoni, village côtier, dominé par le mont Djabal-Djivani, du haut duquel ses femmes, menacées de captivités après une bataille meurtrière dans laquelle périssaient leurs maris, se jetèrent dans le vide plutôt que d’être prisonnières de pilleurs malgaches.

Reste, hélas, le bastion d’une poignée de notables qui, au nom d’un islam imprégné d’us et coutumes archaïsants, s’opposent à toute idée de développement, aux multiples et divers projets à caractères éducatifs, culturels, proposés par des jeunes scolaires et étudiants, des cadres et autres travailleurs, et privilégient-ils la construction d’une grande mosquée de vendredi, priorité principale avant tout autre projet. C’est ainsi que tout l’argent amassé depuis des années, fruit de cotisations obligatoires imposées aux habitants de Kodoni et à ses expatriés, disparaît au profit d’une autorité nobiliaire. Et l’on continue de faire cotiser des travailleurs honnêtes, des pères de familles, parfois démunis mais fiers malgré tout d’apporter chacun sa pierre à l’édifice sacré.

Des Associations se sont créées partout où l’on retrouve des Kodoniens. De Marseille à Paris, de Lyon à Dunkerque, elles organisent des quêtes, des soirées de gala payantes, des cotisations qui avoisinent souvent les trois mille francs français, par tête et par mois, et cela dans l’unique but de financer les travaux de la grande mosquée. L’argent récolté, des dizaines de millions, transite chaque année, via France-Kodoni, pour atterrir dans les poches de quelques notables véreux. Aucun contrôle n’est permis, cela mettrait en doute l’honnêteté de ces notables au-dessus de tout soupçon. Aucune critique ne doit être formulée sur leurs faits et gestes, ni plainte contre cette mauvaise gestion des biens du village, ni remarques à propos de leur égocentrisme. Et Kodoni n’a toujours pas sa mosquée de vendredi, promise depuis trente ans.

Le Notable Répudié peint en quelques lignes et neufs tableaux, la vie quotidienne d’un village côtier qui doit avoir sa grande mosquée de vendredi, régler ses problèmes conjugaux et extraconjugaux, entremêlée de scènes de disputes collectives, d’arrangements obscurs, de viols, d’incestes et de bassesses en tout genre. Chaque tableau tente ici, de brosser une situation tantôt comique tantôt burlesque tantôt dramatique, et toutes se reliant les unes aux autres.

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