La langue comorienne et ses dialectes

La langue comorienne reste la langue nationale véhiculaire dans tous les moments de la vie courante. Elle constitue également la première des données culturelles du pays et d’échange entre les îles. Dans la vie quotidienne et principalement dans les milieux populaires, le comorien demeure la langue de communication, d’éducation familiale dans les quatre îles. C’est la langue maternelle dans tout l’archipel.

En tant que langue véhiculaire, elle est écrite par l’élite intellectuelle religieuse en caractères arabes, et en caractères latins par les francophones dans leurs correspondances. C’est également la langue dont se servent les autorités dans les campagnes politiques et préventives. La langue comorienne est recommandée comme outil d’enseignement au préscolaire dans les trois îles. Certains instituteurs, qu’ils soient de Mayotte ou des autres îles, l’utilisent en classe en alternance avec le français pour expliquer des situations qui peuvent dépasser le niveau des enfants, notamment dans les disciplines d’éveil.

Les textes en langue nationale sont très rares dans l’archipel. Sûrement parce que les premiers écrivains, les poètes et l’administration écrivaient en arabe et en swahili. Ces deux langues étaient considérées comme plus appropriées pour produire des œuvres littéraires et pour traduire des textes officiels. Cette préférence est liée au fait que les premiers lettrés comoriens ont suivi leur formation en Afrique de l’Est particulièrement à Zanzibar qui constituait à l’époque un centre de rayonnement de la culture arabo-musulmane.

En 1976, Ali Soilihi avait lancé un enseignement du comorien dans les quatre dialectes pour lutter contre l’analphabétisme et l’ignorance. Beaucoup d’adultes ayant suivi la formation sont capables actuellement d’écrire et de lire des lettres en comorien en caractères latins. Ils sont aussi capables de parcourir des pages écrites en français mais sans véritablement les comprendre.

Plusieurs linguistes ont écrit sur le fonctionnement du comorien et certains avaient avancé la thèse selon laquelle le comorien est une langue dérivée du swahili. Les données ne sont pas décisives pour accepter cette hypothèse. Selon l’histoire linguistique de l’Afrique de l’Est, les îles des Comores se situent dans une aire géographique où la culture swahilie exerce une influence particulière. En fonction de leurs affinités, le swahili et le comorien partagent des caractères communs du fait qu’ils se sont rapprochés depuis de nombreux siècles. Ils ont un ancêtre commun baptisé de « sabaki » selon DEREK NURSE qui considère que le foyer primitif des langues de la sous-famille « sabaki » serait situé au Kenya, tout au long de la rivière Tana. Ces deux langues selon lui, ont commencé à se différencier dès le XIIe siècle et chacune d’elles évolue indépendamment de l’autre en fonction des mouvements migratoires des populations des deux rives.

Parallèlement à ça, le comorien et le swahili ont reçu une influence de la civilisation arabo-islamique. Tout en restant des langues bantoues par leurs structures grammaticales respectives, ces deux langues ont intégré du point de vue lexical un nombre important d’emprunts arabes.

Avant la colonisation, le swahili était employé comme langue de commerce et de communication internationale dans les pays riverains du Canal de Mozambique et dans une certaine mesure, aux Comores.

Les liens entretenus par le comorien et le swahili commençaient à diverger sinon s’affaiblir avec l’avènement de la colonisation française. La langue comorienne a été considérée comme dialecte du swahili vu la place qu’occupait ce dernier dans la région. Il fallait attendre les travaux des linguistes comme Sacleux pour que les choses soient bien précises.

Aujourd’hui, la langue comorienne, parlée par toute la population, reste confinée presque uniquement à l’usage oral. Avant et pendant la période coloniale, aucun statut ni reconnaissance officiels ne lui ont été accordés. Les sultans utilisaient l’arabe en tant que langue de la religion et le swahili comme langue commerciale. Les colons imposèrent ensuite le français comme langue de l’administration et de l’enseignement. Le comorien était considéré comme langue sans valeur.

Actuellement, ce dernier est connu en tant que langue de la même famille que le swahili. Il se transcrit en caractères arabes et latins. Au fil du temps, cette langue a eu l’influence de plusieurs autres langues dont les plus importantes sont le swahili, l’arabe et le français. On y retrouve des emprunts de ces deux dernières langues mais aussi quelques mots du portugais et de l’espagnole.

La langue comorienne est composée de 4 dialectes repartis dans les îles. Ye shingazidja à la Grande comore; ye shimwali à Mohéli ; ye shindzuwani à Anjouan et ye shimaore à Mayotte. Malgré la diversité de ces parlers, les populations insulaires se comprennent mutuellement. La langue comorienne reste jusqu’alors non enseignée par le fait que l’étude grammaticale est à ses débuts. Par contre, sur le plan lexical, des dictionnaires sont disponibles (cf Bibliographie).

Ce manuel constitue un point de départ à l’étude de la conjugaison du shingazidja. Il met en relief les principaux temps utilisés habituellement dans le quotidien. Le document présente alors une première partie théorique sur les modes et temps dans la conjugaison et une deuxième qui porte sur un corpus de verbes conjugués en français et comorien pour permettre aux non comoriens d’avoir un aperçu sur la pratique de la conjugaison de cette langue et aux Comoriens analphabètes d’apprendre à conjuguer un verbe en français.

Nous sommes convaincu des insuffisances qui apparaîtront dans ce document. Seulement il ne sera jamais possible de valoriser cette langue sans prendre des initiatives. Des critiques seront certainement portées et à la base desquelles il sera possible de produire un document de référence sur la pratique de la conjugaison du comorien.

Extrait du livre: Pratique de la conjugaison du comorien, Saïd Soilihi, aux éditions Kalamu des îles, 2007

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